Les invités du 1er décembre 2026 – trois auteurs de la CIE

La Compagnie des mots reçoit
Françoise GARDIOL
pour Aux frontières de l’inconnu (Éditions Nevicata)
Olivier BEETSCHEN
pour Au rétroviseur (Éditions Empreintes)
Pierre BÉGUIN
pour Du bohème au bobo (Éditions Campiche)
le mardi 1er décembre 2026
de 18 h 30 à 20 h,
au Café Cactus (au numéro 36 de la rue Ancienne à Carouge).
Animation : Philippe ZIBUNG.
Françoise GARDIOL
Comment à travers le monde, les vivants appréhendent la mort et son mystère
Dans l’écriture du monde, les sépultures signent une marque humaine et sacrée, distincte du règne animal. Elles inscrivent l’être dans le temps, relient la vie et la mort. Accompagnées de rites millénaires, elles traversent la planète et les temporalités, de la préhistoire à aujourd’hui.
Ces pages nous invitent à une pérégrination dans les mondes des morts, là où passent des ombres, où festoient les parents d’un défunt, où se raccommodent les destins. Un lieu théâtral où les vivants apprivoisent finitude humaine et immortalité. Cimetières et nécropoles ont dessiné une géographie post-mortem du silence et de l’éternité, ponctuée de tombeaux, croix, bûchers, fantômes. Françoise Gardiol les a suivis de Chine au Japon, en Égypte et Nubie, à Pompéi et Venise et autres lieux, d’hier à aujourd’hui, en compagnie d’Hérodote ou Marco Polo.
La mort n’est pas une fin mais un passage, croyances et philosophies ayant préparé le voyage des défunts vers l’Outre-monde. Rites, monuments, festins, des traces de nos ancêtres qui durent à travers les générations. Quand l’âge contemporain questionne le sens de l’existence en bousculant croyances et valeurs, il y a urgence de mémoire.
Olivier BEETSCHEN
Comment parler des orages qui traversent nos vies ?
Dans la première partie du recueil, l’auteur évoque les bourrasques qui ont marqué son enfance. Il a choisi de les observer à travers un rétroviseur. L’objet s’avère d’un grand secours. Son cadre – paradoxe éprouvé – débride les souvenirs, émancipe la parole, fait jaillir tel mot du passé, exhume telle scène douce amère. Son miroir par ailleurs invite au dialogue. Des conversations se nouent.
Pourquoi chiper du chocolat, pourquoi harponner des biscuits ?
À l’ouïe de tes larcins, inlassable ergoteur, mes sourcils se lèvent.
Rappelle-toi. En ce temps-là on demande au boucher
un peu de froissure pour le chat. Et le matou mastique.
Mais il est d’autres tempêtes contre lesquelles l’humour ne peut rien. La seconde partie du recueil évoque les déchirements du deuil. Une brève incursion dans la chambre d’un mourant. Des visites essoufflées dans un EMS. Certaines blessures n’offrent aucun répit. Où puiser la force de continuer, quand on est amputé d’un être cher ? Sa perte nous laisse interdit.
Et il faudrait dire Amen ?
Prier pour qu’Il établisse la paix depuis l’empyrée ?
Les photophores rassemblés dans la nuit du cimentière
font non de la tête.
La pensée se cabre face au néant. La main tremble, hésite, et finit par saisir la plume. Non que la poésie soit capable de compenser l’absence. Son pouvoir est ailleurs. Elle donne son souffle aux adieux, négocie avec les peurs de jadis. Elle permet de rester à la lisière des orages.
Pierre BÉGUIN
L’univers fascinant de la bohème, à la fois courant culturel, sensibilité sociale et style de vie.
Depuis l’agitation des romantiques chevelus jusqu’à l’effervescence des caves Rive gauche, Pierre Béguin retrace cent trente ans de la bohème artistique à Paris. L’ouvrage explore une marginalité qui ne reconnaît de valeur qu’à la fête, à la blague, à l’ivresse et aux amours libres. Une commune détestation du conformisme bourgeois réunit ces rebelles, dont la vie se joue, selon l’expression de Balzac, « en dessous de la fortune mais au-dessus du destin ». De Murger à Picasso, de Verlaine à Modigliani, de Carco à Brassens, de Montmartre au Quartier latin, sous la plume de Pierre Béguin, toute une mythologie prend forme à travers ces existences hors du commun, ces marginaux de génie partageant leur misère et leur talent. Et aujourd’hui, que reste-t-il de la bohème dans le bobo, le bourgeois-bohème, pétri de contradictions, marqué tout à la fois par le goût de l’aisance financière et le refus de certaines conventions ?
